La Rébellion commence

Louis Riel.

Louis Riel.

À droite, le major-général Frederick Middleton devant des soldats blessés à Fish Creek.

À droite, le major-général Frederick Middleton devant des soldats blessés à Fish Creek.

Après leur pétition, comme le gouvernement refuse de les rencontrer et qu’il ignore leurs demandes, les Métis décident de prendre eux-mêmes les choses en main. Le 8 mars 1885, Louis Riel annonce la formation d’un gouvernement et d’une Charte des droits. Les supporteurs sont priés de préparer leurs armes et leurs pistolets. La situation capte l’attention du gouvernement.

Riel veut pousser le gouvernement à l’action. C’est effectivement ce qui se produit, mais pas dans le sens que Riel le souhaite. En 1870, quand Riel tente d’établir un nouveau gouvernement au Manitoba, le gouvernement en place décide enfin d’entrer en négociation.

La PCN-O accroît le nombre de ses hommes postés au fort Carlton et à Prince Albert. Le 23 mars, le major-général Frederick Middleton, commandant de la milice canadienne, commence à préparer ses hommes. Ils arriveront beaucoup plus tôt que ce que Riel anticipe.

Pendant ce temps, les Métis et quelques-uns de leurs alliés essaient de prendre le contrôle du pays. Des postes de traite et des stations de relais sont dépouillés de leurs marchandises et de leurs chevaux. Un agent des Affaires indiennes, son interprète et deux réparateurs de télégraphe sont fait prisonniers. Le conseil des Métis donne un ultimatum à la PCN-O : le gouvernement doit leur rendre la propriété du fort Carlton jusqu’à Battleford ou se préparer à une tuerie.

Le surintendant prend les propos de Riel au sérieux. Il demande à des volontaires de se joindre à ses hommes. À court de ravitaillement, il envoie dix-huit hommes au Duck Lake afin de récupérer des munitions et d’autres items cachés là-bas.


Duck Lake

Le massacre du lac Duck.

Le massacre du lac Duck.

Les Métis attendent et brûlent de désir de se battre. Ils tentent nos hommes, mais nous tenons bon et résistons. Les hommes font faire demi-tour à leurs traîneaux et rebroussent chemin pour le fort Carlton. Après avoir été mis au courant de l’événement, le surintendant rassemble 100 hommes et part pour le lac Duck.

Personne ne sait exactement qui tire le premier, mais la bataille débute très tôt. Les Métis sont bien camouflés derrière les arbres alors que les policiers n’ont que leurs traîneaux pour les protéger. Quand le nombre de perte de vie s’accroît, Crozier ordonne la retraite. Nous apprenons plus tard que les rebelles rampaient agilement dans le but de nous encercler. À la fin du combat, nous avons douze morts et dix blessés parmi nos policiers. Les rebelles perdent six hommes et Gabriel Dumont est blessé.


Fort Carlton incendié par les rebelles.

Fort Carlton incendié par les rebelles.

Campement de la milice durant la Rébellion.

Campement de la milice durant la Rébellion.

Fort Carlton

Le Commissaire Irvine joint Crozier au fort Carlton. Il réalise qu’ils ne peuvent défendre le fort sans perdre beaucoup d’autres vies. Ils rassemblent autant de fournitures qu’ils peuvent transporter et détruisent ce qui reste pour éviter d’en faire profiter les rebelles.

Un feu déclenché accidentellement brûle le fort en entier. La PCN-O se dirige plus au Nord pour atteindre Prince Albert. La protection de la ville est renforcée.

Les informations relatives à la bataille du Duck Lake se propagent rapidement à travers l’Ouest. Les colons sont apeurés; ils fuient vers les villes avec leur famille. Les villes organisent une garde qui patrouille et qui se tient prête pour l’attaque. Calgary, Edmonton, fort Saskatchewan, fort Walsh, fort Macleod, Battleford et Prince Albert sont en état d’alerte.

Presque tout le monde de l’Ouest ayant déjà servi pour la PCN-O ou pour la milice se joint à une unité ou en forme une autre. Des éclaireurs sont envoyés dans les réserves des tribus encore pacifiques afin de rapporter tout changement d’attitude de leur part.


Fort Pitt

Fort Pitt est garni de l’inspector Dickens et de 20 hommes. À l’origine, le fort n’est pas construit pour la police, mais bien en tant que poste de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Situé sur un terrain plat entouré de forêt, le fort ne peut être protégé parfaitement. Quand le chef Factor est capturé par la PCN-O, celui-ci négocie sa libération avec Big Bear. Lui et sa famille seraient libérés alors que la police montée aurait la possibilité de quitter les lieux en toute sécurité.

La police traverse la rivière à bord d’un chaland qui coule puis poursuit son voyage vers Battleford en affrontant la neige et le froid. Les Autochtones pillent fort Pitt et s’emparent des ravitaillements pour les ramener à leur campement. Les prisonniers sont bien traités et sont en sécurité avec Big Bear.

  • Insp Francis J Dickens

  • 1083 S/Sgt J Widmer Rolph

  • 41 Sgt John Alfred Martin

  • 565 Cpl Ralph Bateman Sleigh

  • 615 Const William Anderson

  • 858 Const Henry Thomas Ayre

  • 515 Const James W Carroll

  • 661 Const Herbert A Edmonds

  • 538 Const Robert Hobbs

  • 695 Const Robert Ince

  • 707 Const Ferriol Leduc

  • 822 Const George Lionais

  • 925 Const Clarence McLean Loasby

  • 737 Const John A Macdonald

  • 739 Const Laurence O'Keefe

  • 748 Const Charles T Phillips

  • 751 Const Joseph Quigley

  • 865 Const Brenton Haliburton Robertson

  • 381 Const Frederick Cochrane Roby

  • 604 Const George W Rowley

  • 762 Const Richard Rutledge

  • 866 Const Walter William Smith

  • 781 Const John W Tector

  • 942 Const Falkland Fritz-Mauritz Warren


Traverse du lac Loon suivant les traces de Big Bear.

Traverse du lac Loon suivant les traces de Big Bear.

Battleford

À Battleford, les villageois et les colons sont paniqués. Des réserves sont situées tout près. Les gens quittent maisons et fermes pour emménager dans les casernes de la PCN-O. L’inspecteur Morris ordonne qu’on construise des bastions puis que de la nourriture et de l’eau soient amenés à l’intérieur du fort. Ses 43 hommes sont placés en alerte et des télégrammes demandant du renfort sont envoyés à Swift Current.

Les Autochtones de la région commencent par envahir les maisons de ferme, puis ils envahissent les villes de Battleford et de Battleford-Sud. Ils dépouillent les magasins généraux de leurs provisions, tuent le bétail et prennent les chevaux. Les Cris retournent à leur réserve, mais les Stoneys et les Métis continuent le pillage des villes. Le 12 avril, la PCN-O quitte Swift Current pour aller à la rencontre des 745 troupes du colonel Otter. Le 23 avril, ils arrivent à Battleford.


La bataille de Cut Knife Hill.

La bataille de Cut Knife Hill.

Cut Knife Hill

Le Colonel Otter lance ses hommes dans la bataille avec fougue. Poundmaker et ses Cris se sont retirés en direction de leurs réserves. Otter envoie 325 hommes, incluant 75 policiers à cheval, à la recherche de Poundmaker. Ils surprennent les Cris un matin alors que ces derniers se trouvent sur une terre dont ils ont repris possession.

Si les munitions n’avaient pas manquées d’un côté comme de l’autre, un massacre aurait été déclenché. Les soldats et les policiers se sont plutôt retirés. Poundmaker ordonne de mettre fin aux hostilités. Accompagné de ses hommes, il amorce son voyage pour Batoche.


Éclaireurs métis capturés à Fish Creek.

Éclaireurs métis capturés à Fish Creek.

Batoche en feu.

Batoche en feu.

Batoche

Middleton est en route pour Batoche. Il arrive au fort Qu'Appelle pour s’y procurer les fournitures et les chariots dont il a besoin pour transporter son infanterie. Il repart avec sa troupe le 6 avril. La neige et le froid ralentissent leur marche. La PCN-O rencontre l’armée à l’embouchure de la rivière Saskatchewan Nord. Là, huit chalands et des bateaux attendent afin de faire traverser les soldats de l’autre côté de la rivière.

La ville de Batoche compte environ 500 habitants au moment où la Rébellion débute. Localisée à 44 km au sud de Prince Albert, cette ville est traversée par la route Carlton, route principale qui sépare Edmonton et le Fort Garry.

L’un des premiers citoyens de la ville est Xavier Letendre, « dit Batoche ». Cet homme construit un traversier sur la rivière Saskatchewan Sud. Les Métis vivent paisiblement sur leurs lots de terre riverains à élever du bétail, faire commerce ou se charger du transport de la marchandise.

Le 23 avril, l’armée campe à Fish Creek. Le jour suivant, ils connaissent leur première escarmouche. Les Métis prennent l’avantage car ils se trouvent soit dans les coulées, soit dans la forêt. Les hommes de Middleton, eux, se trouvent à découvert : 40 d’entre eux sont blessés alors que dix sont tués.

Avant la Rébellion, Batoche est une ville agricole prospère.

Avant la Rébellion, Batoche est une ville agricole prospère.

Middleton laisse ses hommes se reposer. Le 7 mai, ils repartent pour Batoche, le coeur de la Rébellion. Le 9 mai, Middleton lance près de 900 hommes à l’attaque. Après trois jours de bataille, Louis Riel, Gabriel Dumont et d’autres chefs métis s’échappent.

Quand Batoche est envahi, l’esprit de la Rébellion disparaît. Louis Riel est capturé et expédié à Régina pour subir un procès. Dumont et les autres trouvent refuge aux États-Unis. Poundmaker se rend lui-même à Battleford où il est emprisonné.


À la recherche de Big Bear

Le général-major Thomas Bland Strange.

Le général-major Thomas Bland Strange.

Un détail reste toujours à régler : le cas de Big Bear. C’est ici que mon expérience avec la Rébellion du Nord-Ouest commence.

Le général-major Thomas Bland Strange quitte sa ferme d’élevage pour prendre les commandes de la Force de terre de l’Alberta. Il me demande de me joindre à lui et d’assurer les commandes de la cavalerie de la Force qu’il nomme avec flatterie les éclaireurs de Steele. J’amène avec moi vingt-cinq hommes pour les postes situés en montagnes et j’en recrute une quarantaine d’autres aux alentour de Calgary.

Les éclaireurs de Steele.

Les éclaireurs de Steele.

Le 19 avril, nous sommes prêts à partir en direction du fort Edmonton. Nous sommes accompagnés de l’aile droite du 65e Régiment des Fusiliers Mont-Royal de Montréal. Le départ du matin ressemble à un cirque. Les chevaux, pour la grande majorité, n’ont pratiquement jamais été montés et il faut près de trois jours avant que les cavaliers n’arrivent à les amadouer. Cette drôle de performance amuse les hommes de Montréal qui observent tournoyer le bétail faisant basculer les cavaliers de leur monture. Après quelques aventures, rivières inondées, température froide, marécages emprisonnant les chariots, nous atteignons Edmonton. Nous prenons quelques jours de repos avant de partir vers l’Est, sur la route séparant le fort Pitt et le fort Carlton. Nos éclaireurs sont à la recherche de rebelles, mais notre voyage se déroule sans mésaventure. Notre mission consiste à ramener les otages capturés au lac Frog et au fort Pitt, puis de traîner Big Bear devant la justice.

Nous arrivons au Frog Lake pour y trouver une odeur étrange dans l’air. Les corps des hommes massacrés sont étendus là où les meurtriers les ont laissés. Nous ramassons les treize corps et procédons à leur enterrement. Au fort Pitt, nous trouvons les restes de l’officier Cowan : le corps est scalpé et le coeur, arraché, est suspendu à un bâton. Nous procédons aussi à l’enterrement du jeune homme. Ces découvertes macabres ne font qu’accroître notre rage de trouver Big Bear et sa bande.

Croquis du plan de bataille de Frenchman's Butte.

Croquis du plan de bataille de Frenchman's Butte.

Au fort Pitt, nous trouvons facilement le chemin suivi par la bande. Comme la nuit tombe, nous courons vers un campement cri avec l’intention d’y voler des chevaux pour nos propres hommes. Il y a beaucoup de hurlements et de coups de feu d’un côté comme de l’autre et les Cris finissent par s’enfuir. Le matin, nous suivons leurs traces et les retrouvons à Frenchman's Butte. Joints par le 65e Régiment, nous nous lançons dans la bataille. La forêt procure aux Cris une meilleure couverture et après deux jours de combat, nous n’avons plus tellement le dessus. Les Autochtones se retirent et nous les suivons pour les traquer encore une fois au Loon Lake. Nous avons entendu parler de la bataille de Batoche et après cette résistance, la Rébellion prenait fin.

Nous sommes forcés de combattre car les Autochtones ne nous donnent aucune chance de leur annoncer la nouvelle. À court de minutions, je laisse quelques hommes pour surveiller les mouvements de l’ennemi puis envoie un messager au général Middleton. Le général et son armée mettent plusieurs jours à arriver au Loon Lake. Lorsqu’ils arrivent, les Autochtones se sont divisés en trois groupes : les Cris du Woodland, ont pris la route du Nord; les Chippewyans celle de l’Ouest; Big Bear et ses Cris celle des Plaines, celle de l’Est.

Traversée de la rivière Loon sur les traces de Big Bear.

Traversée de la rivière Loon sur les traces de Big Bear.

Le général ordonne à quatre colonnes de marcher dans quatre directions différentes de façon à capturer Big Bear. Alors qu’ils battent champs et forêts, Big Bear est en route pour le fort Carlton, là où il se donne lui-même à la PCN-O.

Rencontre entre Big Bear et Thomas Bland Strange.

Rencontre entre Big Bear et Thomas Bland Strange.

Notre travail prend fin. Sur la route du retour vers Calgary, nous rétablissons les propriétés volées et abandonnées par les rebelles afin de les rendre à leurs propriétaires. Les citoyens de Calgary nous accueillent chaleureusement et organisent un banquet en notre honneur. Le temps est venu de retourner à nos tâches régulières de policier.